Acheter une action : ce que cela donne, et ce que cela ne donne pas
Une action n'est ni un pari ni un contrat de prêt : c'est une fraction du capital d'une société, qui ouvre trois droits précis et n'en ouvre aucun autre. Savoir lesquels règle la plupart des malentendus, à commencer par celui du dividende, qui n'est ni promis ni dû.
Une fraction de capital, pas une créance
Quand une société par actions se constitue, son capital est divisé en parts de valeur nominale identique. Détenir une action, c’est détenir l’une de ces parts. La différence avec une obligation est entière : l’obligataire a prêté de l’argent et détient une créance, avec une échéance et un intérêt contractuel ; l’actionnaire a apporté du capital et détient une fraction de l’entreprise, sans échéance ni rendement garanti.
Cette différence a une conséquence directe en cas de difficulté. Les créanciers sont payés avant les actionnaires, toujours. En cas de liquidation, l’actionnaire touche ce qui reste une fois tout le monde désintéressé, ce qui, en pratique, est le plus souvent zéro. C’est le prix de la contrepartie : il n’y a pas de plafond à la hausse, mais il y a un plancher à zéro et le rang le plus bas dans l’ordre des paiements.
Les trois droits, et rien de plus
Le premier est le droit au dividende, s’il est distribué. Il ne s’agit pas d’un versement automatique : le conseil d’administration propose une distribution, l’assemblée générale l’approuve, et elle ne peut porter que sur des bénéfices ou des réserves distribuables. Une société qui gagne de l’argent peut parfaitement décider de tout réinvestir, et beaucoup le font pendant des années.
Le deuxième est le droit de vote en assemblée générale : approbation des comptes, affectation du résultat, nomination des administrateurs, autorisations d’augmentation de capital. En droit français, une action donne une voix, sauf droit de vote double attribué par les statuts aux titres détenus au nominatif depuis au moins deux ans.
Le troisième est le droit à l’information. Une société cotée doit publier ses comptes, un rapport de gestion, la rémunération de ses dirigeants et la composition de son actionnariat. Ce droit est le plus sous-estimé des trois, et c’est pourtant celui qui permet de savoir ce qu’on détient.
Ce qui se paie en plus du prix affiché
Trois couches de frais s’ajoutent au prix du titre, et elles ne se voient pas au même endroit. Les frais de courtage sont prélevés à chaque ordre, souvent sous forme d’un pourcentage assorti d’un minimum forfaitaire, ce qui pénalise mécaniquement les petits ordres. Les droits de garde rémunèrent la tenue du compte-titres et se calculent à l’année. Les frais de change apparaissent dès qu’un titre est libellé dans une autre monnaie.
S’y ajoute, en France, la taxe sur les transactions financières : 0,3 % du montant, due à l’achat de titres de sociétés françaises dont la capitalisation dépasse un milliard d’euros. Elle n’est pas due à la vente. La liste des sociétés concernées est publiée chaque année par l’administration.
L’enveloppe change plus de choses que le titre
Un même titre ne se comporte pas de la même façon selon le compte qui le loge. Le compte-titres ordinaire accepte tout et n’ouvre aucun régime particulier. Le plan d’épargne en actions est réservé aux titres européens, plafonné à 150 000 euros de versements, et son intérêt tient à l’exonération d’impôt sur le revenu des gains après cinq ans de détention, les prélèvements sociaux restant dus. L’assurance-vie et le plan d’épargne retraite ne détiennent presque jamais des actions en direct, mais des parts de fonds, ce qui ajoute une couche de frais de gestion.
Le choix de l’enveloppe est donc antérieur au choix du titre, et il est plus structurant. C’est aussi le seul des deux sur lequel on dispose d’une information certaine à l’avance.
Ce qu’un indice mesure, et ce qu’il ne mesure pas
Un indice comme le CAC 40 n’est pas la moyenne des sociétés françaises : c’est un panier de quarante valeurs sélectionnées et pondérées par la capitalisation flottante, c’est-à-dire par la part du capital réellement échangeable sur le marché. Les plus grosses pèsent donc beaucoup plus que les autres, et la composition est révisée périodiquement par un conseil scientifique.
Un point technique en découle, et il est souvent ignoré : la version couramment citée d’un indice ne réintègre pas les dividendes versés, alors que la version dite de rendement global le fait. Comparer une performance à la mauvaise version fausse la comparaison de plusieurs points par an.
Questions fréquentes
Un dividende est-il un revenu garanti ?
Non. Il est décidé chaque année par l’assemblée générale et peut être réduit ou supprimé. Le jour du détachement, le cours est mécaniquement ajusté du montant versé : le dividende n’ajoute pas de valeur, il en déplace une part du compte de la société vers celui de l’actionnaire.
Faut-il beaucoup d’argent pour commencer ?
Le montant minimum est le prix d’une action, souvent quelques dizaines d’euros. Le vrai seuil est ailleurs : le minimum forfaitaire de courtage rend les très petits ordres coûteux en proportion, parfois plusieurs pour cent du montant investi.
Que se passe-t-il si la société est retirée de la cote ?
Les titres continuent d’exister : on reste actionnaire d’une société non cotée. Ils deviennent en revanche très difficiles à vendre, faute de marché organisé. Un retrait de cote est généralement précédé d’une offre publique de rachat, à laquelle il est possible de répondre.